Wipers : « Over The Edge »
Stress, pollution, promiscuité en milieu urbain, augmentation du coût de la vie, Vincent Delerm : nombreuses sont les incitations à – pardonnez moi l’expression – tout envoyer paître.
Qui n’a pas un jour, en milieu professionnel, en transports en commun, lors d’un repas de famille dominical, ou lors d’une partie de Mille Bornes un brin tendue, hurlé en silence des choses que la bienséance réprouve mais qui font du bien par où elles passent comme :
» Allez vous faire foutre ! Tous ! Oui, toi aussi là bas. »
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« Sacré bon sang de bois, je commence à en avoir ras la casquette ! »
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» Nom d’une pipe, tu vas la fermer, connard ?!! »
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ou même un sobre :
« Allez tous vous faire enculer. »
Ne niez pas, ça arrive aux meilleurs.
Dans ce genre de cas, deux solutions s’offrent à l’homme moderne :
1) Hurler la phrase susdite à pleine voix, en prenant le risque de passer pour un malotru, de perdre des amis, des collègues, de la famille ou l’usage d’un membre suite à la vive réaction que n’aura pas manqué de susciter l’apostrophe.
2) Se doter d’un casque fermé de type Panasonic RP-HTX7 et écouter à plein volume le « Over The Edge » des Wipers.
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La solution 1 se comprend d’elle même, en revanche, pour mieux saisir la portée de la solution 2, il n’est pas inutile, si nécessaire d’écouter la chose ci dessous (à plein volume hein sinon l’efficacité s’en trouve diminuée) :
Voilà, ça date de 1983. Ce truc a donc 26 ans. Et pourtant j’ai essayé, ça marche.
On pourrait, à première oreille, suggérer bien d’autres morceaux aptes à vous faire exploser en silence : l’intégrale de Ministry, les travaux des mêmes zouaves avec Jello Biafra dans Lard, le premier album de Rage Against the Machine, les machins les plus agacés de Reznor pour Nine Inch Nails (« Gave up » vaut son pesant de doigts qui grincent et de dents tendues, par exemple). Problème : ces morceaux sont hors sujet. Il ne s’agit pas d’avoir envie de tout péter, ce que n’importe quel membre actif de Motley Crue fait très bien.
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Non, il s’agit de relacher la pression par procuration, et pour le coup, le « Over The Edge des Wipers » se pose un peu là : la voix de Greg Sage contient juste ce qu’il faut de dégoût contrarié, les guitares ne lâchent jamais prise, la chanson est expéditive et constitue surtout une vraie chanson, puisque Greg Sage était, à mon humble avis mais je suis d’accord avec moi, l’un des rares songwriters punks avec Joe Strummer.
Les vénérés Wipers, originaire de Portland, sont responsables d’une bien belle rafale d’albums impeccables sortis entre 1977 et 1984 en gros, dont ce « Over The Edge » pas piqué des hannetons.
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Les Wipers partagent probablement avec les Zombies le titre peu envié de groupe le plus mésestimé du monde. Sauf que là où les Zombies n’avaient pas de bol (sortir un unique album parfait, en 1968, comme tout le monde, n’était pas l’idée du siècle, a posteriori), les Wipers faisaient quand même un peu exprès. A dire vrai, dès ses débuts, le groupe envisageait carrément de ne pas se produire sur scène et l’immense Greg Sage lui même n’a pas hésité a le reconnaître : pour lui, il est impossible de vivre de sa musique et d’avoir une démarche véritablement artistique. Une bien belle tête de mule punk, ce Greg, en somme. Ce qui lui vaudra de poliment refuser d’ouvrir pour Nirvana (Cobain vouait un culte absolu aux Wipers, et ça s’entend), alors au sommet absolu, quand d’autres formations auraient tué l’ensemble de leur famille, cousins éloignés compris, pour profiter d’une miette du gargantuesque gâteau empoisonné nirvanesque …
Résultat : paf, oubliés le Wipers, ou presque… Les songwriters punks sont respectables, ça oui, mais n’oeuvrent guère pour l’ouverture d’oreilles de leurs contemporains, force est de le reconnaître.
Qu’importe : « Over The Edge », parfait morceau pour exploser en silence, ne venez pas dire que vous ne saviez pas.
Restent deux hypothèses :
1) Youpi, ça marche, vous voilà calmé, et vous affichez la sérénité d’un bonze grégorien (je sais que ça n’existe pas et que c’est même complètement con, comme image, mais c’est pour vous donner une idée du stade de sérénité auquel vous pouvez arriver).
2) Drame : vous êtes encore plus agacé qu’avant car vous faites partie de cette frange de la population aux oreilles empathiques : vous écoutez un truc et vlan, vous voilà dans le même état que celui qui le chante. Bien. Ca arrive aux meilleurs. C’est triste à dire, mais dans ces cas là, n’importe quel Delerm fera l’affaire. Je sais, c’est moche mais au moins arriverez vous à cet état de neurasthénie delermien qui vous rendra très chiant, certes, mais totalement inoffensif. C’est déjà ça.
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One Comment
Hummmm assez d’accord, même ma came personnelle se trouve être les morceaux les plus énervés de Nitzer Ebb (ou Warsaw en entier avec en général au moins deux fois Leaders Of Men), mais parfois ça ne suffit pas. Pour Ministry, okay, mais pas les débuts (carrément new wave).