Quand un inédit des Beatles sort, il est autorisé de lever un sourcil circonspect, tant le moindre bout de bande du quatuor à l’improbable capillarité a fait l’objet d’analyses poussées faisant passer les recherches sur le Saint Suaire pour d’aimables divertissements.
Et pourtant, le voilà, le morceau que peu ont entendu, qui ne figure sur aucun album, et qui constitue une parfaite chanson étonnamment inédite puisque particulièrement réussie.
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Juré.
Seulement, « Never tell a story because it’s true, tell it because it’s a good story. » (en gros, » Ne racontez pas une histoire parce qu’elle est vraie, racontez là parce qu’elle est bonne. ») écrivait John Petland Mahaffy, qui n’avait rien d’un rigolo lui même mais ne pensait pas que des conneries.
Where is My Song va donc te raconter, Ami Lecteur, 3 histoires à propos de cette Chanson des Beatles Etonnamment Inédite, à TOI de choisir TA version préférée, et on n’aura qu’à dire que c’est la bonne, comme ça tout le monde est content.
Note à l’attention des gardiens du temple : je sais que c’est fastoche pour les initiés et qu’il il suffit d’un coup de Wikipedia pour se douter de la vérité, mais c’est moins amusant.
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Pour les mails d’insultes, vous pouvez essayer:
insultesetautresdesagrements@whereismysong.net
Chanson des Beatles étonnamment inédite : Histoire 1

Cliquez sur la batterie de Ringo pour écouter "Lies" par les Beatles, enregistré durant les sessions "Hard Day's Night" en 64.
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, nos quatres amis font les imbéciles dans « A Hard Day’s Night », comédie en noir et blanc de Richard Lester. Ils en profitent pour en composer la bande son, évidemment. La chose constitue, outre un objet pop parfait, le premier album des Beatles ne comportant aucune reprise.
Le morceau « Lies » est composé, comme la majeure partie des chansons de l’album, par Lennon. « Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles d’alors : assez pop pour séduire, assez rock pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais sur des paroles agacées préfigurant son écriture à venir. « Lies are breaking my heart … ». Peut-être tient-on là l’un des premiers aveux de burn out d’un lad devenu prince et ne supportant qu’avec difficulté les flagorneries d’usage… Allez savoir.
Problème : George Martin, producteur et mentor musical des quatre petits rigolos, déteste « Lies », qu’il considère « très agressif » et dont il abhorre le refrain, qui, selon lui, tombe à plat. Lennon fait la gueule, comme toujours. Mais « Lies » est remplacé par « Tell Me Why », composition abordant la même thématique avec plus de distance et de douceur. La même année, Lennon essayera de placer « Lies » sur « Beatles For Sale », sans succès. Le groupe se révèle tellement prolifique et inventif que le morceau n’aura plus aucun rapport avec le répertoire du groupe dès la sortie de « Help ». Lennon lui même l’oubliera, lui préférant largement « Help ! », dans le genre appel au secours deguisé …
Regret : l’excellent « Lies » ne figure pas au pourtant copieux menu des Remasters 2009.
Chanson des Beatles étonnamment inédite : Histoire 2

Cliquez sur le 45 tours pour écouter "Lies", le vrai morceau des Beatles du faux groupe "The Knickerbockers"
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, nos quatres amis ne manquent pas de remarquer que partout où ils passent, les fans se foutent plus ou moins de leur musique et ne pensent qu’à pousser des cris d’hystérie.
Certains s’en amusent (Ringo Starr, comme toujours), d’autres s’en agacent (John Lennon, comme toujours) mais les quatre sont d’accord sur un point : c’est un peu chiant quand même.
Nos facétieux compères se mettent en tête de sortir un single sous pseudo, histoire de voir ce que ça donnerait. Ils ressortent des cartons « Try », un bon morceau encore inutilisé et désormais un peu daté. Lennon et Mc Cartney poussent le vice jusqu’à modifier le titre et les paroles, désormais à tiroir(s). « Try » devient « Lies » et moque ouvertement les groupies qui ne manquent pas d’entourer le groupe : « You think you’re such a smart girl, and I believe what you say, but who do you think you are girl, to lead me on this way ? ». Les paroles de « Lies », distanciées, ironiques, sonnent évidemment comme celles de Beatles ayant décidé d’arrêter de chanter des conneries avec « love » dedans. Deuxième appel au secours de Lennon après « Help! » ? Allez savoir.
« Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles d’avant : assez pop pour séduire, assez sauvage pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, le riff d’Harrison revient à point nommé et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais sur des paroles agacées peu surprenantes : « Lies are breaking my heart … ».
Le bidule sort en catimini fin 1965. « Lies » – le titre annonce la farce d’emblée – est soi-disant interprété par « The Knickerbockers », obscur groupe du New Jersey dont personne n’a jamais entendu parler, et pour cause… (le nom du groupe lui même constitue une bonne blague puisque inspiré de Diedrich Knickerbocker, auteur fictif inventé par Washington Irving, hahaha). Il atteint tout de même le Top 20 US, ce qui fait certainement bien marrer nos compères, tout en les rassurant sur la qualité de leur musique, décidément universelle. ‘Sont forts ces Beatles. Ils sortent en même temps « Rubber Soul », tout de même.
Mieux, le canular fonctionne à plein : tout le monde se fait avoir et les éphémères Knickerbockers seront considérés comme les meilleurs copieurs des Beatles ayant existé (tu m’étonnes). Aujourd’hui encore, les oreilles ayant entendu les « Knickerbockers » (si ça c’est pas du nom à la con…) sont persuadées que le groupe du New Jersey n’est qu’une très bonne mais pâle copie, malgré l’évidence: c’est bien Lennon qui chante et hurle sur ce morceau ! (même Lenny Kaye, sur son indispensable compilation sommet en 4 volumes : « Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968″, crédite les Knickerbockers pour « Lies ») Mais aucun des Beatles n’a JAMAIS avoué ouvertement la plaisanterie. Le groupe se révèle de surcroît tellement prolifique et inventif que le morceau n’a déjà plus aucun rapport avec son répertoire, et leur single à eux (« We can Work it out / Day Tripper » tout de même) éclipsera rapidement le petit tube déjà bien daté des petits « Knickerbockers » du New Jersey.
Reste un excellent morceau, mais comment en douter ? Même pour rire, les Beatles d’alors ne savaient pas faire de mauvais morceaux…
Regret : l’excellent « Lies » ne figure pas au très officiel menu des Remasters 2009. C’était pourtant l’occasion rêvée d’avouer en faisant plaisir à tout le monde.
Chanson des Beatles étonnamment inédite : Histoire 3

Cliquez sur les chemises bleues des amusants Knickerbockers pour écouter "Lies", le meilleur plagiat des Beatles jamais composé.
En 1964, au sommet de la Beatlesmania hystérique qui frappe le monde civilisé, à coté de laquelle l’épidemie H1N1 et autres bricoles constituent d’amusants épiphénomènes, les Knickerbockers, originaires du New Jersey, formés en 1962, sont à juste titre considérés comme de sympathiques mais laborieux artisans copieurs, pondant avec un brin de talent mais un manque cruel d’imagination des chansons presque déjà écrites par d’autres… De besognieux soutiers de la pop, en somme. Le cas est aggravé par un manque de charisme évident de type Beach Boys / garçons charcutiers (voir photo).
Certains apprécient la chose, d’autres moins mais tous le monde est d’accord sur un point : on s’en fout un peu quand même, des Knickerbockers.
Fin 1965, nos Knickerbockers, toujours à la bourre d’un ou deux ans sur le train pop d’alors, se mettent en tête de sortir un single intitulé « Lies ». Un truc dans la veine du « Can’t buy me love » des Beatles, ce genre… Les Beatles en question sont déjà à des années lumières de leurs premiers titres et sortent « Rubber Soul », album sous LSD qui les emmène loin des rivages rock’n'roll des débuts. « Lies » aurait pû constituer un sous produit de plus, sauf que les Knickerbockers, plutôt doués sur ce coup là, pondent un authentique morceau des Beatles. Miracle. A s’y tromper. D’ailleurs, on s’y trompe encore.
Il faut dire que « Lies » est un parfait morceau énervé des Beatles circa 1964 : assez pop pour séduire, assez sauvage pour enthousiasmer, doté d’un chorus d’emblée et de quelques accords mineurs typiques du groupe. Le couplet est impeccable, le refrain poussé par les choeurs, comme d’habitude, et, surtout, Lennon s’arrache la voix comme jamais. Bon, ce n’est pas Lennon en fait, mais on y croirait. D’ailleurs on y croit encore. Le titre atteint à l’époque le Top 20 US et il est autorisé de penser qu’il aurait fait un tube planétaire un ou deux ans avant si les Beatles l’avaient chanté. Triste ironie, les Knickerbockers s’offriront par la suite une bien belle carrière de merde, jusqu’en 1970 environ… comme les Beatles, le génie en moins et le « de merde » en plus.
Reste ce « Lies » imparable, considéré comme la meilleure imitation des Beatles ayant jamais existée – c’est déjà ça – et exhumé par Lenny Kaye pour son indispensable compilation sommet en 4 volumes : « Nuggets: Original Artyfacts from the First Psychedelic Era, 1965–1968″.
Regret : « Lies » n’a pas été remasterisé en 2009, puisque les Knickerbockers, tout le monde s’en fout complétement, même eux. Autant dire qu’on est pas près de voir sortir un coffret prestige de nos pauvres amis…
LA TROUBLANTE REVELATION – HA, EN FAIT NON.
Les Beatles, comme tous les mythes, n’ont pas eu leur pareil pour en générer, du mythe. En 10 ans de carrière, nos quatre amis ont inventé sans le faire exprès – ou pas – ou presque – la chanson à clés, la chanson cachée, les messages sataniques à l’envers, la fausse mort de Paul Mc Cartney, l’utilisation pop de cette saloperie de citar qu’on aurait dû confisquer à George Harrison pour le salut du monde, les déclarations surréalistes, la chanson à fausses clés (les paroles d’« I am The Walrus », joli foutage de gueule en règle), les chansons à vraies clés, la moustache, le vrai faux groupe, les pochettes symboliques, et on va s’arrêter là parce que ce n’est pas le propos.
Ami lecteur, tu peux désormais choisir la version qui te plaît le plus.
N’oublie pas, cependant, ami lecteur, que tout ça n’a guère d’importance. Après tout, le morceau « Lies » existe – il suffit de cliquer pour s’en convaincre – et constitue, pour ceux qui ne le connaissaient pas, une heureuse surprise, d’où qu’il vienne… Vrai faux indice : on pourra à l’occasion méditer cette sublime – et authentique pour le coup – réponse de l’ineffable Ringo Starr à une question de type stupide :
« - Journaliste : Are you a mod or a rocker?
- Ringo : I’m a mocker. »
Et là tout est dit.
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