Ca commence comme un mauvais rêve : on vous dit « Tiens, écoute donc ce type avec sa guitare. » et vous songez avec bon sens à une sorte de manière de néo-folk ronronant.
-
Vous songez avec bons sens que vous avez de grandes chances de vous ennuyer ferme, sauf miracle.
-
Vous faites partie des malheureux qui n’ont pas encore écouté Kronem. Heureusement, vous vous réveillez.
-
Kronem est le premier artiste reperé par Net-Emergence, une bien beau projet dont vous trouverez tous les détails là.
-
Kronem est « ce type avec sa guitare ». Sans batterie, sans basse, sans machines, sans rien d’autre que six cordes. Seulement moins ronronnant que ça, c’est compliqué.
-
Ce garçon, élevé au Iain mcKaye sans adjuvant peniblo-francophone livre avec son « Monkeywrench » un six coups un six titres apte à faire fuir tout afficionado de Vincent Delerm (c’est un exemple), ce qui constitue une bonne raison de l’écouter et d’en prendre pour son grade au passage.
-
Mais d’où sort-il ce fan de Pearl Jam pratiquant le guitarrorisme sans prévenir ?
-
Mais d’où sort-il cet improbable chanteur folk génétiquement modifié ?
-
Car c’est pas pour dire mais il y a une intéressante schizophrénie dans ce « Monkey Wrench », alternant la douce beauté du magnifique « I’m Free » qui convoque un songwriting épuré façon Lou Barlow, au hasard, et la hargne inattendue de « Mission », par exemple.
-
Et puis il y a le cas du brilliant et terrifiant « Teenage Angst ».
-
Un choc tout en (sur)tension.
-
Démonstration :
-
Prendre « Teenage Angst » en pleine face.
-
Ici, la guitare se fait électrique, bipolaire, quasi. Et l’épure devient rage pure. Fugazi n’est pas loin et l’on songe à leurs « Promises ». Rien que ça. Les montées sismiques de Teenage Angst, sans aucune rythmique pour les appuyer, vous envoient à la figure une implosion mentale. Et demerdez-vous avec ça.
-
La chose cogne à vos oreilles comme le crâne d’un interné tente de percer une cellule capitonnée.
-
Vous voilà prévenu.
-
Il y a du David Eugene Edwards, du Jeffrey Lee Pierce, dans cette voix hantée qui vient hurler sur une « simple » guitare.
-
Il y a du Dischord dans la démarche de cet amical jeune homme, tout en authenticité radicale.
-
Il y a du libertaire rafraichissant chez ce jeune homme.
-
Mais tout ça, Kronem s’en fout.
-
Ne rien lâcher, jamais. Ou essayer.
-
Et vous laisser pérorer sur sa musique pour mieux continuer à l’asséner.
-
A l’instinct.
-
Viser aussi juste à l’instinct tient du miracle.
-
Chers amis, voici un « artiste » : il fait ce qu’il veut et il vous emmerde – façon de parler : le garçon est adorable – avec courtoisie.
-
« Enragez-vous ! » martelaient des Thugs que n’a pas connu Kronem.
-
Pas besoin. L’injonction est ici inutile.
-
-

-
Et pour découvrir Kronem, il suffit de télécharger son « Monkeywrench » ici. Le download est intégralement libre mais les donations ne sont pas interdites.
-
Tiens, encore un signe d’intelligence. Mais Kronem n’écrira jamais « I’m smart ». Il est trop futé pour ça. Kronem, c’est :
-
« I »m Free »
-
Une profession de foi ?
-
Tu m’étonnes.
-
Kronem, c’est un type avec une guitare, il est libre et il vous emmerde avec élégance, ce qui n’est pas donné à tout le monde.
–
-
-
Mais qui es-tu donc, Kronem ?
-

-
Réponses tout en musique, histoire d’ajouter à ce que vous pourrez découvrir de Kronem dans ses interviews déjà fort complètes de Net-Emergence, ici et des Vrais Indépendants, là.
-
-
Chanson Net Emergence ?
Sonic Youth : « Dirty Boots »
Un truc de Sonic Youth, attends,… euh…: « Dirty boots » !
C’est pour le coté expérimental, défricheur, de la démarche. C’est super intéressant. On voit que ce sont des gens qui aiment vraiment la musique. Et puis évidemment, en termes de visibilité, j’ai vu tout de suite l’effet, ça fait plaisir. Tout ça vient des blogs et pour moi, aujourd’hui, c’est le seul médium sur lequel tu retrouves des gens qui parlent de musique de façon honnête.
C’est Guy Piccioto de Fugazi qui répondait, quand on lui demandait pourquoi il avait fait de la musique : « Pour faire partie de la conversation. »
Ben voilà : c »est intéressant de faire partie de la conversation, et c’est ce qu’on retrouve dans les blogs aujourd’hui. Cet échange. Pour moi, c’est vraiment la seule façon valable de parler de musique aujourd’hui, de pouvoir dire réellement ce que tu penses.Alors des démarches comme Net-Emergence, ça s’impose, désormais, si on veut pas se taper du Amel Bent toute la journée…
-
Chanson pour proposer ses morceaux gratuitement ?
Fugazi : » Blueprint «
Le « Blueprint » de Fugaz’, direct. Pour les paroles (il cite instantanément, scotchant le petit reporter sur place au passage) :
-
« Never mind what’s been selling,
It’s what you’re buying
and receiving undefiled. »
-
Mes morceaux en MP3, pas question de les vendre. La qualité est pas encore impeccable en MP3 … et puis tu vends un objet, oui, mais pas des fichiers. Après, si les gens veulent faire une donation, tant mieux… Mais qu’ils viennent aux concerts, surtout !!!
-
Et puis, sinon, vendre de la musique ok, mais pas pour engraisser des intermédiaires. Il faut que ça serve aux musiciens, pas pour gagner plein d’argent, pour continuer à faire de la musique, tout simplement …
-
Chanson pour illustrer la vie d’un artiste aujourd’hui ?
James Taylor : « MillWorker »
Parce que « être artiste », c’est un métier, il faut que ce soit viable. Tu bosses, et si tu peux en vivre c’est génial. Mais mon but c’est de faire de la musique, pas de gagner des sous. J’étais emmerdé parce qu’à une interview, j’ai répondu que j’adorerais gagner ma vie avec la musique, être signé. J’ai dit ça comme si faire de l’argent c’était le but. Je m’en suis voulu après, parce que c’est tellement pas ça : vivre de la musique, c’est un moyen, pas une fin. Je m’en fous de gagner de l’argent moi, je veux pouvoir m’acheter des cordes…
-
Faire de la musique, il faut que ce soit un métier. Arrêtez de nous prendre pour des glandus avec Hadopi etc…. Si artiste, c’est un métier, faut qu’on puisse en vivre, donc ça veut dire qu’il faut tout remettre à zéro, pas qu’on s’accroche à des trucs qui n’ont plus de sens que pour des artistes bien installés. Mais on a encore besoin de structures, de labels, d’être encadrés par des gens. Je crois pas à l’idée que des artistes puissent se démerder tous seuls. T’as besoin de gens autour de toi, qui savent faire ce que tu fais pas ou ce que tu ferais mal…
-
Chanson violente ?
Israel kamakawiwo’ole : « Hawai’i 78″
Je cite :
-
“If just for a day our king and queen, would visit all these islands and saw everything.
How would they feel about the changes of our lands ?
Could you just imagine if they were around, saw highways on their sacred ground, how would they feel about this modern city life ?
Tears would come from each other eyes and they would start to realize that our people are in great, great, danger now.”
La mélodie est douce, mais sur les quelques lives que j’ai pu visionner sur internet, ça donne une charge incroyable.
-
Chanson douce ?
Claude Nougaro : « Cécile, ma fille »
Parfait.
-
C’est amusant, parce que je m’étais jamais posé la question sur la violence et la douceur dans ma musique, avant d’y réflechir avec vous ! Mais non, je ne suis pas schizophrène. Je trouve ça cool , en même temps, qu’on me le demande, ça fait discuter ! C’est pas réfléchi tout ça. C’est spontané. Mais quand je regarde « Monkeywrench », pour moi les chansons elles vont très bien ensemble, c’est cohérent, je t’assures !
-
Après, le coté spontané, c’est que je suis très aidé par mon ignorance musicale !
-
(NDWIMS : à cet instant, dans les magazines, on met « rires »…)
-
Chanson Guitare / Voix ?
Neil young : « Ambulance Blues »
9 minutes… Elle fait 9 minutes cette chanson et je m’en lasse pas, je l’écoute jusqu’au bout. T’écoutes pas souvent des chansons de 9 minutes jusqu’au bout.
-
Celle là, si : elle est parfaite.
-
L’approche guitare / voix, c’est une démarche volontaire, c’est pas du tout par défaut. J’avais un groupe à qui j’aurais pu proposer « Teenage Angst ». Je n’avais pas calculé que ça deviendrait aussi caractéristique, même si je me doutais que la formule laisserait songeur sur des morceaux saturés et « up-tempo ». D’ailleurs, je n’avais rien calculé du tout jusqu’au premiers retours ou j’ai réalisé que les habitudes auditives étaient fortes.
-
Comme je ne voyais pas comment quelque chose pourrait ne pas marcher en matière de musique, j’ai pas cherché à analyser plus ! Si ça ne marche pas, c’est juste que c’est raté, ou mal réalisé… Je m’amusais à jouer les morceaux en studio, je tapais du pied et me dandinais devant mon micro. Généralement, ces signes là ne trichent pas….
-
Cela dit, jouer en solo, tout seul avec ma guitare, ça a complètement changé la façon d’aborder la guitare. Avant c’était guitare / ampli sans effets, rien du tout. C’était volontaire, je voulais un truc brut, pur. Maintenant Je joue avec des distorsions, je me force même à chercher des instruments avec des défauts, tu vois, le truc qui sonne pas nickel mais qui ramène quelque chose dans le son …
-
(NDWIMS : …suit une discussion passionnante et enjouée sur les instruments pourris mais chouettes quand même, mais on passera dessus pour ne pas ennuyer les non guitarophiles obsessionnels.)
-
(De rien. C’est normal.)
-
Je veux pas jouer avec des machines, ça ramène une structure fixe, et ça m’intéresse pas. Si je dois rajouter des trucs, il y aura des humains derrière, c’est quand même autre chose !
-
(NDWIMS : suit une autre discussion sur les home studios, les méthodes d’enregistrement de Trent Reznor, etc… que l’on épargnera aux non studiophiles obsessionnels)
-
(Non, vraiment, c’est tout naturel)
-
-
Chanson pour donner envie de faire de la musique ?
Pearl Jam : »Porch »
La claque ! J’ai entendu ça, et je me suis dit : « Faut que je fasse de la musique ! »
-
J’ai toujours fait des trucs par passion pure. Donc Le boulot idéal, si je ne faisais pas de musique ou si je n’en vivais pas, ce serait la direction artsitique d’une salle, pour pouvoir faire découvrir des trucs. C’est marrant parce que j’ai une formation d’histoire : l’archéologie, c’est vraiment un truc qui m’intéresse et on retrouve ce coté « Je cherche, je fouille… »
-
Chanson pour évoquer l’avenir de la musique enregistrée ?
Bruce Springsteen : « Nebraska »
« Nebraska », la légende dit que c’est juste une version 4 pistes et voilà, alors qu’il avait les moyens de faire un truc à des millions de dollars.
-
L’avenir, la facilité d’accès à la création et tout, ce qui est intéressant c’est l’ouverture que ça apporte. Tu peux faire des trucs chez toi qui sonnent super pros, et ça c’est quand même une révolution.
-
Après, pour la musique enregistrée, je reste vachement support physique. Je ne me vois pas ne plus écouter d’albums par exemple… J’y pense là, en en parlant, et je me dis : « Non, vraiment, c’est impossible ! Ca ne peut pas disparaître, les albums ! « . Vu la façon dont je « consomme » – j’aime pas le mot, mais bon – de la musique, je me vois pas écouter que des singles. Un album c’est une construction, un objet. C’est une ambiance, un moment. Pour moi, c’est pas possible de dissocier tout ce qui forme ça.
-
Chanson Authentique ?
Zebda : « Le petit Robert »
Ca va paraître étrange, mais c’est celle là qui me vient d’emblée : Il explique comment il a découvert les mots avec un dictionnaire que sa mère avait posé sur la table. C’est un très beau texte. Vraiment.
Authentique ?
Disons que j’y suis toujours allé à l’instinct. Ca m’est jamais venu à l’esprit de faire autre chose que du « moi ». Quand je me pointe sur scène, par exemple, ben c’est moi, voilà, avec les même fringues que d’habitude, pas de jeu de scène etc… Pas de scénographie. Je suis exactement le même.
(NDWIMS : ici, une discussion à propos des effets de chevelure d’Alison Mosshart, dont il ressortira en substance, que c’est exactement ce que Kronem souhaite éviter, ce qui constitue une bonne nouvelle.)
-
Chanson pour être bien entouré ?
Stupéflip « A bas la hiérarchie »
Hahaha, Stupéflip ! Ca résume bien le truc, ce morceau ! Je sais pas si ça colle mais c’est ce qui me vient direct.
-
(NDWIMS : ici, une discussion sur le cas Stupéflip, dont il ressortira en substance qu’on ne sait pas trop si c’est bon en live ou pas, rapport à ce qu’on n’a pas vu le même mais vous êtes autorisé à vous en foutre.)
-
En tout cas, même en solo, j’ai besoin des avis des gens que je respecte, avec qui je joue de la musique. Pour savoir si c’est de la merde, par exemple ! Bon, c’est encore jamais arrivé qu’on ne soit pas d’accord, mais j’ai besoin de ces avis là. Mon frère joue ce rôle là, de manager / producteur, on va dire… Pour le reste, c’est système D. Je me sers pas mal de Facebook. Le site je l’ai fait tout seul en mettant les mains dans WordPress…
-
La com’ par exemple, c’est vraiment pas mon truc. Me vendre etc, non, je sais pas faire ça…
-
C’est soit ça te plaît, soit ça te plaît pas, et voilà !
-
Ca me fait marrer parce que quand on en parle je repense à des programmateurs qui m’ont demandé de jouer que de l’acoustique, par exemple : « Ouais, c’est pas mal, mais si tu peux jouer que les acoustiques sympas, ce serait bien… ». Ils devaient avoir peur pour leur public ! N’empêche, pendant le concert, j’ai placé quand même des trucs plus durs, en douce, et ça passait hyper bien. Le public était carrément réceptif… Comme quoi.
Chanson Meilleur Souvenir ?
Pearl Jam : « Save You »
Pearl Jam à Bercy en 2006 : je suis rentré chez moi en me disant « je veux faire pareil ! »
Bon je suis fan mais c’est mon meilleur concert. C’était communicatif, parce qu’il étaient contents d’être là et ça se voyait !
-
Chanson Pire Souvenir ?
Cat Power : « I don’t blame you »
Cat Power bourrée sur scène. J’étais super déçu. C’était minable. Nul. Elle faisait son taf, et en plus elle le faisait pas bien.
-
Il paraît que ça s’est amelioré depuis mais ça m’intéresse plus … ça m’a vraiment dégouté.
Chanson saoulante ?
The Do : « Bridge is broken »
Trop entendu, trop, trop, trop.
-
Et si j’ai trouvé le premier album sympa, j’ai peur du syndrome musique d’ascenseur pour le second.
Réponse en 2010.
-
La question saoulante – mais on ne me l’a jamais posée – ce serait :
« Vous voulez pas arrêter de faire du saturé ? »
ou à l’inverse
« Vous voulez pas arrêter de faire de l’acoustique ? »
-
Ce que je fais, c’est un tout, un ensemble.
Tu prends ou tu prends pas !
Bonus :
La Mini Useless Playlist de Kronem,
comme ça, en passant …
Chanson pour une naissance:
Pearl Jam : « Alive »
Ce riff donne le sourire instantanément.
-
-
Chanson pour apprendre les potes :
The Clash : « Stay Free »
Une proprette pop-rock des Clash. Une qui nous rappelle pas les années collèges, mais plutôt les jours de pluie ou les chiens sentent et les salles de billards enfumées qu’on a jamais vraiment connu.
-
Chanson pour écouter dans une rue pleine de gens :
Neil young : « Everybody knows this is nowhere »
« Ho baby it’s hard to change, i can’t tell them how it feels, some get stoned, some get strange but sooner or later it all gets real. »
What else ?
-
Chanson pour le karaoke:
Fugazi : « Cashout »
Une musicalité qui m’impressionnera toujours. Des idées à la pelle, une ligne de chant 100% énergie, Tout est au poil.
-
Chanson pour trancher net avec la mode du neo-metal:
The Who : « Quadrophenia »
Une claque, une grosse claque. Intemporel, virtuose.
-
-
-
(NDWIMS : Merci Majuscule à Kronem pour sa disponibilité, sa gentillesse, et surtout pour ce qu’il est : une anomalie…)
-
-
Popularity: 7% [?]

3 Trackbacks
[...] également Kronem en interview sur Where is my song ? Vous y trouverez notamment une playlist du monsieur qui devrait déboucher un peu les oreilles pour [...]
[...] whereismysong.net – 22 décembre 2009 Ca commence comme un mauvais rêve : on vous dit “Tiens, écoute donc ce type avec sa guitare.” et vous songez avec bon sens à une sorte de manière de néo-folk ronronnant. Vous songez avec bons sens que vous avez de grandes chances de vous ennuyer ferme, sauf miracle. Vous faites partie des malheureux qui n’ont pas encore écouté Kronem. Heureusement, vous vous réveillez.-Kronem est “ce type avec sa guitare”. Sans batterie, sans basse, sans machines, sans rien d’autre que six cordes. Seulement moins ronronnant que ça, c’est compliqué. Ce garçon, élevé au Ian mcKaye sans adjuvant peniblo-francophone livre avec son “MonkeyWrench” un six coups un six titres apte à faire fuir tout aficionado de Vincent Delerm (c’est un exemple), ce qui constitue une bonne raison de l’écouter et d’en prendre pour son grade au passage. Mais d’où sort-il ce fan de Pearl Jam pratiquant le « guitarrorisme » sans prévenir ? Mais d’où sort-il cet improbable chanteur folk génétiquement modifié ? Car c’est pas pour dire mais il y a une intéressante schizophrénie dans ce “Monkey Wrench”, alternant la douce beauté du magnifique “I’m Free” qui convoque un songwriting épuré façon Lou Barlow, au hasard, et la hargne inattendue de “Mission”, par exemple. Et puis il y a le cas du brillant et terrifiant “Teenage Angst”.-Un choc tout en (sur)tension. [...]
[...] Kronem pour Where Is My Song ? [...]